1942-1943 École Saint Laurent Lambézellec

Nous parcourions 2 km à pieds matin et soir, en passant par Lanroze, où il y avait plein de soldats allemands et un gros chien-loup qui effrayait les trois cousins Felix, Pierre et Pierrick. J'ai retrouvé mon carnet de rationnement pour des galoches à semelles de bois et empeigne cuir avec un demi-couvercle de cirage Lion Noir pour taper dans les cailloux. Dans la musette faite maison, une ardoise bordée de bois avec un chiffon au bout d'une ficelle et un cahier d'écriture. La maîtresse était Sœur Yvonne de la congrégation du Saint-Esprit, dite bonnes sœurs blanches, avec 35 ou 40 élèves garçons. Elle utilisait une baguette de bambou de 2 m pour frapper les bavards ou les endormis. Au fond de la classe à gauche, le coin des punis sous une grande image de l'enfer du feu, un diable noir et cornu tenant un trident rouge. Méthode syllabique, presque tous savaient annoncer à Noël.

1943 École Communale de Bohars

À cause de la réquisition par l'armée allemande, une bonne partie des élèves partit à Chateaulin, dont Marie-Thérèse Jezequel et Alice Drogou. Moi, c'était le retour au Traonlez où je retrouvais Guiguitte et Yves Guivarch. La route était un peu plus longue par le Rufa mais je restais dormir chez Mémé par mauvais temps. J'ai déjà raconté l'épisode du couvercle du seau hygiénique sur la tête pendant les attaques de la RAF contre les cuirassés Bismarck et Gneisenau. La procédure de l'éclairage électrique : "ici Londres, les Français parlent aux Français," "baissez vos postes, baissez vos postes," "Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est Allemand," "l'Afrika corps de Rommel..." et voilà Mémé qui, pour mieux entendre, s'agenouille sur le bord de la table qui se renverse!

1944 École de la Croix Rouge à Bohars

L'école de la Croix Rouge était fermée pour les mêmes raisons et avait installé une classe dans la chapelle en bas du bourg. Papa a réussi à m'y inscrire en milieu d'année, ce qui fait que j'ai crié "croaa croaa" quand passaient devant la grille les élèves de la Croix Rouge puis "laïque ma queue" quand je fus de l'autre côté. Il y avait une grande cloison de bois devant l'autel et nous étions 50 ou 60 élèves. Discipline féroce : "Plus de 5 fautes, debout sur le banc," et une badine venait caresser les mollets, coups de règle sur les doigts réunis, bras en croix avec un morceau de craie sur le dos de la main, des coups de règle pour garder l'horizontale. Au piquet derrière la cloison, je me suis soulagé contre le tombeau de l'amiral de Penfentonyo.

1944-1946 École de la Croix Rouge à Kerinou

Dans la cour, les Allemands avaient laissé une rampe d'entretien de camions ou de tanks et de temps en temps, à la récréation, zigzaguaient au ras du sol des petits tubes de poudre à canon genre spaghettis creux. On mettait le feu au bout et ça filait sur 20 ou 30 m. La journée était réglée par la cloche, nous étions environ 40 par classe. Je suis demi-pensionnaire à la cantine où il y avait deux sortes de repas : une assiette de soupe pour tout le monde puis un plat de résistance pour les demi-pensionnaires. "Les soupiers" n'avaient que leur assiette de soupe complétée par ce qu'ils avaient apporté de la maison, le plus souvent une grosse tartine.

1946-1950 Collège St Paul à Mamers (Sarthe)

Pourquoi un collège si loin? C'était peut-être le premier collège à vocation agricole de France. Mes camarades de 6ème incluaient Michel Dumont avec sa voix d'ange et son frère Daniel, maraîchers à Pontoise; Yves Lecocu, fils de notaire de St Brieuc; Marescaux maraîchers à Hullchs dans le Nord; Duchemin imprimeur au Mans; J F Segaert, paysan à Heudicourt près d'Amiens, devenu maire de son village; Philippe Vanberghe du Nord; Carves de la région d'Angoulême; Mandon de Mende; Emile Genest, devenu ingénieur; Pierre Guillain, devenu vétérinaire dans l'Orne; et les frères Bougeant du Sud de la Sarthe avec un accent local à ouper au couteau.

Papa m'a emmené en train Brest - Le Mans puis en "micheline" jusqu'à Mamers avec recommandations pour le voyage de retour à la Toussaint. J'étais pensionnaire, 2x25 km de marche en moins, un dortoir de 40 lits avec au fond l'alcove du pion, un grand lavabo de 5m de long, 0.80m de large surmonté dans l'axe par un tube percé de tous les 30 cm...

1950-1951 Collège St Louis à L'Harteloire

C'est le retour à Brest, le collège est en barraques près de la paroi. L'hiver, on bouche les fentes entre les planches avec des bandes de papier et de la colle blanche qu'on enlève l'été. J'ai de beaux mollets à passer Kerinou 4 fois par jour. De temps en temps, je me mets dans la roue du velo solex d'Annick Hautin. L'école Ste Anne est à côté, mes sœurs y sont pensionnaires, et chez les grandes il y a ma cousine Anne-Marie Marrec et Marie-Thérèse Jezequel. Il y a maintenant un tracteur Deutz à la maison et c'est normal de couper une charettee de colza en rentrant ou autre chose.